Information des proches

Prévenir les familles le plus vite possible

L'amirauté prend immédiatement la décision d'informer en urgence les familles des membres du sous-marin disparu. Il ne faut évidemment pas que la nouvelle leur parvienne par les médias qui seront rapidement informées.​

En 1968 rares sont ceux qui ont le téléphone (15% des ménages), la télévision n'est pas dans tous les foyers (60%).

C'est à partir de 8 heures que les premières familles sont averties. Toulon commence à être sillonnée par des voitures qui, avec des haut-parleurs, demandent, sans plus de détails, aux marins en permission de regagner en urgence leur poste. Il est urgent de prévenir les proches pour éviter qu'ils n'apprennent la nouvelle par accident ou les médias.

Visites aux familles

Comme il est d'usage en de telles circonstances, deux hommes de même grade que le disparu se rendent à l'adresse des proches "à prévenir en cas d'accident".

Bernard de Truchis, ancien second de la Minerve et futur commandant de l'Eurydice, témoignera: 

"J'ai été informé de l'accident par téléphone de manière laconique, "l'accident est certain, il faut aller contacter les familles, et ne leur laisser que peu d'espoir de les retrouver"... A 10 h. j'ai téléphoné à VINOT pour avoir des précisions.

"Le sous-marin MINERVE a disparu depuis hier soir, on a perdu contact depuis, je te préviens pour contacter les familles que tu connais bien."

J'ai donc pris contact dans la journée avec mes familles et à partir de ce jour-là je ne me suis occupé que des familles, ne m'interrogeant pas beaucoup sur les circonstances et les causes".

Nombreux sont ceux qui, aujourd'hui encore se souviennent encore de son aide et de son soutien, à commencer par moi-même.

Parfois c'est un jeune matelot d'à peine 20 ans, désigné d'office, écrasé par l'émotion, ne sachant pas comment annoncer une telle nouvelle, qui sonne à une porte, prévient rapidement une épouse abasourdie et repart tout aussi soudainement sans rien ajouter.

Pour les marins mariés, ce sont donc à la fois les parents et les épouses qui sont avertis. Pour ceux qui avaient simplement une fiancée, non connue de la Marine, c'est par les médias ou leurs proches qu'elles seront mises au courant.

Beaucoup de marins, célibataires, ont des parents qui vivent dans des communes où il n'y a pas de représentant de la Marine. Dans ce cas ce sont les Maires qui sont chargés de prévenir les familles. Ils reçoivent un télégramme comme celui reproduit ci-dessous dont on constate qu'il inquiète sans rien préciser.. Mais c'est un dimanche et ils ne sont pas toujours joignables et certains apprendront la disparition de leur fils, de leur frère par les informations à la radio ou la télévision. Ils attendront ensuite, paralysés par l'inquiétude, la visite de celui qui leur confirmera la tragédie qui les touche. 

L'attente sera aussi cruelle pour les parents de ceux qui auraient pu, ou dû, se trouver sur la Minerve. Il resteront dans le doute jusqu'à ce que celui dont ils ignorent s'il est en vie leur donne de ses nouvelles.

Jean-Paul Krintz, l'un des marins "rescapés" de la Minerve fit parti de ces marins qui allèrent informer les familles, il témoigne:

 

Le lundi 29, on m'a attribué un véhicule avec chauffeur, afin de visiter les familles, les réconforter, moi, leur donnant espoir, car j'y croyais dur comme du fer, alors que c'était foutu. 

La deuxième semaine a été du même genre, sauf que j'étais sous les ordres de l'ancien 02 de la Minerve Bernard de Truchis de Lays, qui lui, annonça la mauvaise nouvelle. J'ai encore en moi la vision de ces pauvres gens me regardant d'un oeil interrogateur (mais le jeune quartier-maitre nous a menti, nous a donné de faux espoirs).

Je ne peux pas oublier ce traumatisme causé dans ces instants douloureux. J'ai failli me jeter sous un train, mais la raison l'a quand même emporté."

Souvenirs personnels

 

A titre personnel je me souviens parfaitement de ce matin du dimanche 28 janvier. Ma mère ne s'inquiète pas, elle est habituée aux retours décalés de mon père pour des questions de service qu'il ne détaille jamais.

En milieu de matinée la sonnette d'entrée retentit, je me précipite derrière ma mère qui va ouvrir, ce sont deux officiers de Marine. J'en reconnais un, Georges Albatro, un ami de mes parents.

Ils l’accompagnent dans le salon où ils lui annoncent la terrible nouvelle. Ma mère s'effondre. Je me demande ce qui se passe et à mon tour, en larmes, elle me dit directement "Ton Papa est mort son sous-marin a coulé."

Elle prévient alors la famille, dont certains apprendront néanmoins la nouvelle par la radio ou la télévision.

Par la suite, de nombreux journalistes chercheront à nous prendre en photo, à obtenir des interviews qui amènent rapidement ma mère à nous retirer de l’école pour aller s’installer chez des amis. Nous n'y retournerons plus.

A Brest, d'autres journalistes essaieront d'entrer chez ma grand-mère, allant jusqu'à coincer le pied dans sa porte, pour avoir des photos de la mère du commandant disparu.

Heureusement, les marins connaissent la signification du mot solidarité, et les amis de la Marine se relaieront pour nous aider voire nous protéger contre cette curiosité publique. Nous nous sommes fait héberger, chez d'autres sous-mariniers, à l'abri des regards. 

 

Télégramme type - ici destiné à la famille de Jacques Priard, destiné à la Mairie pour informer les parents de la disparition de la Minerve.

Quelques articles de 1968 relatant la façon dont le drame fut vécu

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Article Martine et Marcel Coustal.jpg
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